Brèves

Plus de 250 hectares de terres de culture en reconversion bio à Ittre!

C’est l’été dernier que tout s’est décidé. Lorsque 4 agriculteurs ittrois (Carine et Alix de Lichtervelde, François-Xavier de Mahieu et Ferdinand Jolly, notre bourgmestre) ont pris après concertation la décision de travailler désormais dans une approche 100% bio sur la totalité ou sur une partie des terres qu’ils cultivent.
Si chacun d’entre eux présente un profil d’agriculteur(trice) différent(*), ce sont les mêmes principaux arguments qui les ont amenés à modifier radicalement leur approche de la terre.  


La passion pour la nature et la biodiversité

Tout d'abord, la passion qu’ils portent à la nature et au maintien de la biodiversité dans notre campagne. Comme nous l’explique Ferdinand Jolly, passer en " bio " ne veut pas seulement dire changer sa manière de cultiver et modifier son cahier de culture (carnet dans lequel les agriculteurs consignent leurs pratiques : fertilisation, traitements,...). C’est aussi repenser le lien qu’on établit avec la nature, c’est écouter son fonctionnement, c’est respecter son équilibre en favorisant la réapparition de haies, en alternant des champs et des petites zones boisées, en fractionnant la taille des parcelles, en y ajoutant des zones enherbées,…

Dans son cas, passer en bio est aussi une suite logique à la démarche qu’il avait initiée lorsqu’il a démarré les Vergers Micolombe, en instaurant la lutte intégrée pour les cultures de fraises. Aujourd’hui, les techniques d’agroforesterie qu’il a développées (avec le soutien de l’Université de Liège) sur une série de parcelles à Haut-Ittre sont une nouvelle déclinaison du respect de cet équilibre.

Même son de cloche chez François-Xavier de Mahieu qui dès son installation à Ittre en 1985 commença par labourer en suivant les courbes de niveaux (limitation de l’érosion) et par la plantation de haies et de bandes enherbées autour de ses champs.

En « bio », la disposition des parcelles de terres, leur taille, l’association et le choix des cultures sont aussi complètement différents. L’objectif est de ne jamais laisser une terre nue, ce qui permet de freiner l’arrivée des adventices (herbes indésirables) et aux cultures dérobées (exemple : trèfle, … ) d’engraisser la terre

Alix de Lichtervelde y voit aussi un modèle très favorable au retour à une agriculture familiale, favorisant les exploitations de petites tailles.

L’impact sur notre santé

Il y a aussi leur questionnement de l’impact sur notre santé des produits phytosanitaires (pesticides, herbicides et insecticides) et des différents intrants utilisés en agriculture traditionnelle. En « conventionnel », certaines cultures reçoivent près d’une quinzaine de pulvérisations durant leur croissance. Ce qui ne reste pas sur la plante passe dans le sol pour aboutir éventuellement dans les nappes phréatiques.

De son ancienne vie professionnelle, François-Xavier de Mahieu se souvient des précautions qui étaient prises par l’entreprise Bayer lorsqu’il s’agissait de déplacer un fût de pesticide : pas de transport sans mise sous scellé afin d’éviter les risques. « Comment, dès lors, » nous dit-il « ne pas s’interroger sur ceux encourus par les agriculteurs lors des manipulations régulières de produits (parfois sans gants ni masque) et par les riverains lors des pulvérisations saisonnières ? » Et si, de plus, comme agriculteur vous en arrivez à ne plus vouloir consommer ce que vous plantez, si vous constatez chaque jour un peu plus la dégradation de la qualité de vos terres et la disparition de la faune et la flore locale, plus rien ne vous retient de plonger dans une approche bio. En passant au bio, François-Xavier estime que c’est quelques 15 à 20 tonnes de nitrate qu’il ne devra plus déverser chaque année sur ses terres.

Une précision qui donne en effet à réfléchir.

Plus rentable qu’en traditionnel !

Qui aurait cru il y a 30 ans que les cultures bio deviendraient plus rentables que les cultures traditionnelles ? Eh oui, question rentabilité, tous les quatre sont unanimes : passer en bio demande un tout autre investissement en temps, en énergie et, pour ceux qui cultivent tout eux-mêmes, en achat de matériel MAIS le bio est vraiment rentable. Même plus que le traditionnel !

Alix et Carine de Lichtervelde sont toutes deux d’accord pour affirmer que le risque est aussi relativement minime. En effet, le cultivateur qui souhaite se convertir en bio est très bien accompagné par Biowallonie(**). Et durant la phase de reconversion (qui dure 3 ans), l’agriculteur reçoit chaque année un revenu garanti de 550 €/hectare cultivé (400€/ha en phase de maintien), pour compenser un rendement/hectare inférieur de 50%. De plus, si durant la première année la récolte ne peut être vendue sous le label « Bio », dès la seconde année, le cultivateur peut déjà écouler sa production sous cet intitulé si celle-ci est destinée à l’alimentation des animaux.

Pour mettre toutes les chances de leur côté, Alix et Carine ont choisi également de se faire conseiller par un expert agricole, Eddy Montignies, initiateur de l’entreprise « Land, Farm and Men SPRL», tant dans le choix des cultures que pour la valorisation des récoltes. Comme en maraichage (production de légumes), la demande de production céréalière bio est en effet croissante et le potentiel de développement semble important (voir notre encadré « Le pari d’Eddy Montignies »). Mais il faut faire les bons choix.

(intertitre) Spéculation mondiale versus consommation locale

Le commerce du bio fonctionne aussi autrement que celui des productions conventionnelles. Il n'est pas lié au marché mondial et à la spéculation: les prix de vente sont fixés et garantis avant que la récolte ne soit faite. C'est très sécurisant pour le producteur qui reste maître de son offre et peut privilégier la consommation locale à travers des circuits courts, une autre finalité du passage en bio. Une série de produits proposés dans la nouvelle épicerie ittroise BeeÔvillage sont un bel exemple de ce type de production.

Et tous de conclure sur cet aspect financier que si, malgré tout, il fallait encore un argument supplémentaire à la réflexion, le fait que le coût du carburant et de celui des engrais (phosphate, azote, potassium) nécessaires en agriculture conventionnelle étant en augmentation constante, cela rend de toutes façons pertinent le questionnement sur l’intérêt de poursuivre cette approche.

Une dynamique reposant sur l’humain, l’échange et la convivialité

« Faire du bio » rapproche les gens ! Ce n’est pas moi qui le dis, c’est eux. La pratique implique qu’il n’y ait pas de programme de cultures ou de travail de celles-ci tout établi. Il faut être plus créatif. Donc, on partage, on discute avec d’autres agriculteurs. Les relations entre les gens sont plus humaines et plus riches. Une redécouverte pour des personnes habituées à travailler dans un milieu réputé pour des attitudes parfois très individualistes.

Le Bio, pays des Bisounours ?

Certainement pas ! En Belgique, le travail en Bio est extrêmement surveillé et contrôlé. Des contrôles qui se déroulent 5 à 6 fois par an, dont 2 à 3 fois à l’improviste. L’agriculteur doit continuellement disposer d’un itinéraire technique dans lequel tout est consigné : les travaux effectués sur la terre, les tracteurs en fonctionnement, les bidons de produits utilisés,… Un contrôle technique annuel des pulvérisateurs est imposé. C’est très contraignant mais cela participe au respect du cahier des charges.

La pratique du Bio se fait déjà aussi rattraper par la grande distribution et sa logique hyper-consumériste. Pour répondre à la demande grandissante des consommateurs, celle-ci préfère aller acheter à l’étranger, dans des pays où la main-d’œuvre coute moins chère. Les agriculteurs belges doivent donc faire face et anticiper en prévoyant des cultures spécifiques qui ne peuvent être mises en concurrence avec celles réalisées dans d’autres pays (exemple : le chanvre). La création de centrales d’achat afin de mutualiser les efforts et réaliser des économies d’échelle est une autre solution de même que la diversification des activités sur une même exploitation.

Notre conclusion ? Baladez-vous dans notre belle campagne !

Rien de tel qu’une balade à pied pour découvrir les premiers changements que ces reconversions apportent aux paysages ittrois : des champs rebordés de haies, un nouveau relief apporté par la plantation d’arbres au milieu des cultures, des zones enherbées, une terre mousseuse comme un dessert au chocolat, des taupinières dans les prairies,…

Nos paysages ont un sacré potentiel, semble-t-il.

Nathalie Lourtie

Les terres de Carine de Lichtervelde, Alix de Lichtervelde et François-Xavier de Mahieu sont cultivées par des entrepreneurs agricoles chargés d’assurer leur exploitation en concertation avec les propriétaires.

Biowallonie est la structure d’encadrement du secteur bio en Région Wallonne. Chargée de suivre les actions issues du plan stratégique bio, Biowallonie répond dans ses actions à trois grandes missions : 1) Encadrement des producteurs en agriculture biologique 2) Création de nouvelles filières au niveau des producteurs, des transformateur, des distributeurs de la restauration et des magasins 3) Promotion de l’agriculture biologique à l’attention des professionnels conventionnels Texte à encadrer

Appel à plus de civisme

Indépendamment de leur choix de reconversion, nos 4 agriculteurs profitent de l’occasion pour attirer notre attention sur une situation regrettable : nombreux sont ceux qui prennent encore les champs pour des poubelles à ciel ouvert. Il suffit de voir le nombre de déchets qui y sont éparpillés, surtout en bordure des routes et des chemins : cannettes, sachets en plastique, paquets de biscuit vide, mégot de cigarettes,… Préserver nos paysages commence aussi par l’adoption d’une attitude civique par tout un chacun. D’autant plus qu’il faut savoir que les parcelles bio polluées par ces déchets risquent d’être déclassées. Ce qui serait regrettable vu les efforts consentis.

Date de dernière mise à jour : 08/10/2015
Une dose de plaisir en plus. Et si on parlait du premier, très beau, roman de Victoire de Changy
Une nouvelle plume ittroise a pris place au sein de l'horizon littéraire belge. Victoire a 29 ans, une jolie frimousse, des idées plein la tête et un talent certain. Une énergie communicative aussi. À chercher peut-être chez sa maman, Carine de Lichtervelde, très active chez Comartagrind, Musique clas'ittre et membre du CA du Centre Culturel.
Des gilles en plein été? Quelle drôle d'idée !
C’est pourtant bien à la fin du mois d’août, à l’occasion de la kermesse de « Virginal en fête », qu’a lieu la sortie officielle des Gilles virginalois accompagnés de leurs sociétés « sœurs ». Leur cercle a été créé il y a plus d'une vingtaine d'années pour participer à la ferveur populaire de cette grande ducasse.
login Design by ArtWhere - Powered by Neo-CMS