"La conscience résiste-t-elle encore à la science ?"
La conscience résiste-t-elle encore à la science ?
D'où vient la conscience ? Est-elle propre à l'être humain, ou les animaux la partagent-ils, à leur manière ? La matière elle-même pourrait-elle en receler une forme, comme le suggèrent certaines hypothèses scientifiques et philosophiques ?
Ces questions, aussi anciennes que la pensée elle-même, se posent aujourd'hui avec une acuité renouvelée, étant donné les progrès de l'intelligence artificielle qui nous obligent à reconsidérer ce qui distingue - ou non - l'esprit humain de la machine
Un cycle de trois conférences et une exposition organisée par le Centre Culturel d’Ittre propose d'éclairer ces questions sous des angles complémentaires :
Dimanche
8 novembre à 15h00 - Les physiciens Alain Jorissen et Léon
Brenig ouvriront le cycle avec une conférence à deux voix : « Deux physiciens se penchent sur la question de la conscience ? ».
La question de ce qu'est la conscience a longtemps été considérée comme appartenant aux théologiens. Mais au siècle passé les neurologues ont commencé à l'aborder par la méthode scientifique. Plus récemment, avec le développement de l'intelligence artificielle, la question s'est vu projeter sous les feux de l'actualité: Et si l'IA devenait consciente, qu'arriverait-il à l'humanité? Les informaticiens qui développent l'IA s'inquiètent de cette éventualité! Des physiciens se la posent également. Roger Penrose, prix Nobel de Physique en 2020, pense que la conscience de soi est un phénomène impliquant la Physique quantique et, par conséquent, ne peut pas apparaître dans les algorithmes actuels de l'IA parce qu'ils ne sont pas quantiques. Les deux intervenants débattront de la nature physique de la conscience: la conscience émerge-t-elle de la matière ? La conscience est-elle déjà présente dans les lois de la Nature dès le Big Bang ? Pourrait-on créer une machine consciente d'elle-même ?
Mardi
10 novembre à 20h00 - Hugues Bersini, professeur
d’informatique, poursuivra avec «ChatGPT comprend beaucoup plus que nous ne comprenons ce qu'il comprend.»
Dès sa naissance dans les années cinquante, l’IA a pris deux directions de recherche et de développement : la voie cognitive, détachée du hardware et inspirée de nos processus rationnels et explicites, et la voie neuronale, ancrée dans l’architecture cérébrale et ses mécanismes d’apprentissage. Il nous semblait à nous, vieux chercheurs, que les progrès et les réussites de cette aventure intellectuelle se répartiraient les différentes facettes de notre intelligence entre ces deux IA, les processus sensori-moteurs et la perception pour les réseaux de neurones, le raisonnement, la maîtrise du langage, la programmation et les jeux de société pour l’IA symbolique et logique. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que l’IA neuronale s’était mise à envahir toutes les strates de notre cognition, notamment celle que l’on espérait sincèrement, depuis Chomsky, réservées aux processus logique et symbolique : la pratique des langues naturelles, une pratique qui semble en effet suivre des règles, comme celle de la syntaxe et de la sémantique. J'expliquerai comment cette IA neuronale est parvenue à ses fins, et comment elle s’est emparée avec la même réussite de la prise en charge de la perception visuelle (les réseaux de neurones convolutifs) et de celle du langage (les Transformers).
Mercredi
11 novembre à 20h00 - Le même intervenant, Hugues Bersini,
reviendra avec « Une IA totalement autonome pourrait-elle remporter un prix Nobel ? ».
Ce sont les deux prix Nobels attribués à l’IA en 2024 (chimie et physique, la littérature en 2027 ?) qui motivent cet exposé. Je commencerai par rappeler comment les réseaux de neurone, qui existent pourtant depuis les années cinquante, sont devenus ces étonnants et assez impressionnants « inducteurs d’abstractions », dans leurs espaces latents multicouches et composés de milliards de paramètres. Ensuite, je m’interrogerai sur la possibilité d’une démarche scientifique uniquement inductive, de surcroît inintelligible, et qui octroie de moins en moins de place aux chercheurs humains. Quelle nouvelle complémentarité, s’il en demeure une, pourrait s’installer dans les années à venir entre ces chercheurs, actuellement plus en connexion avec le monde, et cet inducteur suprême, capable de prédire, de théoriser mais sans expliquer ?
Les 8, 10 et 11 novembre – « Sentience », une exposition pour repenser notre regard sur le vivant. Les animaux ressentent-ils des émotions ? Peuvent-ils érouver du plaisir, de la joie, de la peur ou de la souffrance ? Et comment la science peut-elle nous aider à comprendre ce qu'ils vivent ?
À travers de grands panneaux illustrés, des photographies et des témoignages de chercheurs, l'exposition scientifique itinérante Sentience, réalisée par le collectif Projet Méduses, nous invite à explorer cette capacité à vivre des expériences subjectives. À la croisée de la biologie, des neurosciences, de l'éthologie, de la linguistique et de la philosophie, elle fait le point sur les connaissances scientifiques actuelles et nous amène à nous interroger sur la manière dont nous considérons les autres êtres vivants.
Accessible à tous dès 12 ans, cette exposition propose une approche à la fois pédagogique et accessible d'un sujet qui soulève des questions scientifiques, mais aussi éthiques.
L'exposition est gratuite et accessible une heure avant chacune des conférences, dans les salles d'exposition de l'Espace Bauthier, et sur RDV (info@ittreculture.be, 067 67 73 23).
Trois conférences et une exposition pour questionner ce que nous croyons savoir de la conscience, explorer les frontières entre l'humain, l'animal et la machine, et peut-être porter un regard différent sur le vivant et sur nous-mêmes.
Le projet Méduses
À l'origine de l'exposition Sentience, le Projet Méduses est un collectif engagé dans la reconnaissance et la prise en compte des intérêts des êtres sentients, c'est-à-dire capables de ressentir des émotions, du plaisir ou de la souffrance, qu'ils soient humains ou non.
Son ambition ? Encourager une société plus attentive aux expériences vécues par chaque individu, en favorisant la bienveillance, l'esprit critique et la réflexion éthique.
Pour y parvenir, le collectif développe des outils pédagogiques, des formations, des campagnes de sensibilisation et des actions collectives. Il s'appuie notamment sur les connaissances scientifiques pour nourrir le débat et faire évoluer les regards et les comportements.
Une démarche qui rejoint pleinement l'esprit de notre cycle de conférences : questionner nos certitudes, croiser les disciplines et ouvrir de nouvelles perspectives sur la conscience et le vivant.
ENTREE LIBRE